Avant la gondole : quand à Venise il y avait des chevaux et des carrosses

Giacomo Berto • April 24, 2026

Bonjour, je suis Laura. Aujourd'hui, j'aimerais vous parler de mon grand-père qui, quand j'étais petite, me parlait d'une Venise différente. Je me souviens comme si c'était aujourd'hui qu'un jour il m'a dit : « Tu sais, autrefois à Venise, il y avait plus de terre. Et oui, aussi des chevaux ». Il ne le disait pas parce qu'il l'avait vraiment vue ainsi, mais parce qu'ici, certaines images passent de bouche à oreille, elles appartiennent à la mémoire collective. Quoi qu'il en soit, pendant des années, j'ai pensé que c'était une de ces histoires un peu romancées. Puis, en étudiant et en vivant la ville avec plus d'attention, j'ai compris que dans ces mots, il y avait quelque chose de très concret.


Quand Venise n'était pas seulement de l'eau

Dans les premiers siècles de son histoire, entre le Haut Moyen Âge et le XIIIe siècle, Venise n'avait pas encore la forme compacte et complètement aquatique que nous connaissons aujourd'hui. Les canaux existaient, certes, mais ils n'étaient pas aussi définis, et en de nombreux points, la ville laissait place à des surfaces plus vastes, moins fragmentées. Les ponts étaient peu nombreux, souvent en bois, et ne reliaient pas encore tout comme ils le font maintenant. Dans cet équilibre encore instable entre terre et eau, certaines zones permettaient le passage d'animaux et de petits chariots. Ce n'était pas une ville construite pour les roues, mais ce n'était pas non plus une ville qui les excluait totalement. C'était une Venise en transformation, encore ouverte à différentes possibilités. Puis, lentement, quelque chose change. Entre le XIIIe et le XVIe siècle, en pleine croissance de la République, la ville prend une direction précise. Ce n'est pas une décision soudaine, mais une série d'interventions qui, mises ensemble, transforment complètement la façon de vivre à Venise. Les canaux sont maintenus, élargis, rendus de plus en plus centraux. La ville a besoin d'eau pour se déplacer, pour commercer, pour rester vivante au sein de la lagune. Les ponts augmentent, mais ils restent des structures pensées pour ceux qui se déplacent à pied, avec des marches qui, déjà à l'époque, rendent impossible le passage des chariots. L'espace urbain s'adapte peu à peu à cette logique, jusqu'à exclure définitivement tout ce qui a besoin de roues. Ce n'est pas une perte. C'est un choix, cohérent avec ce que Venise était en train de devenir.


La gondole et la vie quotidienne

Dans ce nouvel équilibre, la gondole trouve son espace naturel. Entre le XVe et le XVIIIe siècle, elle devient une présence constante, partie intégrante de la vie quotidienne. Elle n'a rien de symbolique, elle ne représente encore rien d'autre qu'une nécessité. Elle sert à se déplacer, à traverser la ville, à relier des lieux qui désormais existent surtout le long de l'eau. Avec le temps, elle se perfectionne, change de forme, s'adapte. Mais elle reste, avant tout, un outil essentiel. C'est la manière la plus directe, la plus logique, la plus cohérente de vivre une ville qui a décidé d'être eau.


Ce que nous voyons aujourd'hui

Aujourd'hui, en marchant dans les calli et en traversant les ponts, cette transformation est encore visible. Les marches interrompent toute continuité possible pour les roues, les espaces se rétrécissent, les parcours se plient à la structure de la ville. Tout semble suggérer que Venise n'a jamais été pensée pour autre chose. Pourtant, savoir qu'autrefois ce n'était pas exactement ainsi change le regard. Quand je repense à mon grand-père, à cette phrase dite presque avec légèreté, je m'aperçois qu'il y avait une vérité à l'intérieur : Venise n'est pas née immobile. Elle est devenue ce qu'elle est aujourd'hui à travers une transformation lente, faite d'adaptations, de nécessités et de choix. Une ville qui, à un moment donné, a cessé d'écouter le bruit des roues et a décidé de ne suivre que celui de l'eau.



Voulez-vous voir cette histoire de vos propres yeux ?

Si cette transformation vous intrigue, il existe un moyen très original de l'approfondir. Vous pouvez visiter la Gondola Gallery, à Campo San Gallo, où l'histoire de la gondole est racontée à travers les siècles grâce à une expérience immersive en VR 3D qui vous permet de vraiment « entrer » dans la Venise d'autrefois. Et, après avoir vu comment tout a changé, la meilleure façon de boucler la boucle n'est qu'une : monter sur une gondole et traverser la ville par l'eau, tout comme on le fait ici depuis des siècles.

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